13 juin 2012

Violence et pigmentation


Essayez de trouver la violence et l'intimidation dans cette image.

Entendu à l'Assemblée nationale :


Nous avons tous vu qu'il y a eu des manifestations d'étudiants qui, parfois, ont conduit à des scènes tout à fait disgracieuses, des scènes d'intimidation. [...] Ces façons de faire sont inadmissibles, et c'est ce que j'ai voulu exprimer lorsque j'ai parlé du carré rouge.

Ainsi pérorait Christitine St-Pierre, notamment ministre de la Culture, en continuant de patiner pour expliquer comment elle en est venue à déterminer que le carré rouge et Fred Pellerin représentent la violence et l'intimidation. 

Culture.


On en convient : un certain nombre de gens ont été vus portant un carré rouge lors des manifestations des dernières semaines, et parfois, certaines d'entre elles ont dérapé vers des gestes violents. On sait également que les manifestants posant des gestes violents sont statistiquement négligeables tellement ils sont peu nombreux. Mais ils existent, et les carrés rouges existent également, alors associons-les pour les besoins de la cause.


Le fil est ténu, alors avançons précautionneusement.


Le conteur Fred Pellerin porte un carré rouge. À la lueur de la démonstration précédente, il ferait donc la promotion de la violence et de l'intimidation, si j'ai bien compris. 
Hier, aux Francofolies de Montréal, j'ai vu la formidable musicienne Lisa Leblanc porter un carré rouge. Il apparaît donc qu'elle aussi, elle s'affirmerait comme une adepte de la haine.

Parmi les festivaliers et les autres artistes présents hier soir, on en trouvait un nombre impressionnant qui portaient un carré rouge. Cette observation a glissé un voile de confusion devant mes yeux. À vu de nez — de mon nez le plus modéré —, le nombre de carrés rouges s'élevait à plusieurs centaines sur la place des Festivals. Mais j'ai bien compté, et je n'ai recensé que... zéro acte de violence sur place. J'en déduis que le carré rouge doit également représenter le bon country acadien.


Un carré rouge à deux sens! Fallait y penser.


Par ailleurs, pour en revenir aux manifestations, mettons fin à cet aveuglement volontaire : on ne peut plus nier qu'on y voit beaucoup de pantalons. Bien plus qu'on y voit de carrés rouges, en fait. Il me semble même raisonnable d'affirmer qu'à l'exception des manifestations à la thématique «nu», au moins la moitié des manifestants portent une quelconque forme de pantalon, court ou long.


Les pantalons, symboles de la violence?


Pour être prudents, enlevons nos pantalons et portons en tout temps un banjo en bandoulière, sur lequel on pourra apposer un grand carré rouge. Ce positionnement judicieux écartera toute ambiguïté quant au sens que revêtira votre quadrilatère couleur de cinabre.


Qu'est-ce que le cinabre?


Tout comme certains carrés ces derniers temps, ce pigment rouge utilisé abondamment de l'Antiquité au Moyen Âge, lorsqu'on le laissait exposé aux rayons du soleil, tendait à tourner au noir...

3 commentaires:

arrachecoeur a dit...

Personnellement, je trouve qu'il n'y a rien de plus violent que de parler de petits lutins dans un village éloigné ou de crier haut et fort que la vie est une vulgaire forme d'excrément.

On voit que la ministre est culturée et sait de quoi elle parle.

À un point tel qu'elle pourrait être ministre au Texas, genre.

Alexandre Béland a dit...

Petit à petit, la jeancharite (maladie dégénérative affectant le jugement en général) se propage...

Mlle Maria a dit...

Excellent!
J'ose partager ça sur mon facebook!

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