9 mai 2011

0,5 %


Miam miam.
De campagnes contre l'alcool au volant en slogans sur la modération qui a bien meilleur goût, on nous lance souvent un message à l'effet que l'alcool, c'est mal. Ou du moins, c'est mal dans certaines circonstances et c'est mal à l'excès. On ne saurait être plus en accord avec tout ça.

Par ailleurs, il se trouve de nombreux amateurs de bière au Québec et le nombre de brasseries artisanales ou de microbrasseries croît sans cesse depuis plusieurs années, au point où il est maintenant possible de goûter à un nombre incalculable de bières brassées ici. Encourager la consommation de produits locaux : voilà une autre excellente idée.


Si on établit un lien entre les deux paragraphes précédents, il y a lieu de se demander pourquoi il est pratiquement impossible de trouver un bière québécoise sans alcool, ou désalcoolisée.


Nous savons qu'il se sert, à Rimouski seulement, la Poule de la brasserie artisanale Le Bien, le Malt. Cette série de bières a été élaborée en collaboration avec des étudiants de l'UQAR qui ont mis au point un procédé permettant de désalcooliser la bière. On explique sur le site de la microbrasserie :


« Le dispositif permet de désalcooliser 50 litres de bière à la fois. Ceci permet au brasseur de prendre une des bières existantes de la brasserie, par exemple la blonde ou la rousse, et d’en faire une version à 0,5% d’alcool. Ainsi, une série de bières artisanales désalcoolisées, sous l’appellation la Poule, se relaient sur les lignes de service permettant aux consommateurs de découvrir différentes saveurs. »


I
l y aurait aussi la Tokée, de la brasserie Multi-Brasses de Tingwick, qui serait également dépourvue d'alcool. Leur site web n'en fait toutefois pas mention.

La bière sans alcool représenterait environ 3 % du marché de la bière au Québec, selon Ghislain Lefebvre, de la Brasserie Le Bien, Le Malt. On retrouve présentement sur les tablettes des épiceries : une bière canadienne, la Labatt .5, deux variétés de la bière américaine O'Douls et une Allemande, la Beck's sans alcool. Grosso modo, c'est tout. C'est nettement insuffisant pour les amateurs de bière qui aimeraient parfois en savourer quelques unes sans se soucier de l'effet de l'alcool.


Questionné à savoir pourquoi, selon lui, les brasseurs artisanaux québécois ne s'intéressent pas davantage à ce créneau, Alex Ganivet-Boileau, maître-brasseur chez les Trois Mousquetaires, met en doute la demande pour un tel produit :


« On y a déjà brièvement pensé, mais le marché des bières de dégustation ne rime pas vraiment avec les bières sans alcool... La brasserie s'est royalement plantée il y a trois ans en sortant une légère à 4%, qui pourtant était pas mal plus goûteuse qu'une Coors Light. Conclusion : l'amateur de microbrasseries ne veut rien savoir d'une légère, et l'amateur de légère ne veut rien savoir des microbrasseries. »


Il ajoute que le dispositif élaboré par les étudiants de l'UQAR, avec sa capacité de 50 litres, est incompatible avec le minimum de 3000 litres qu'il lui est possible de produire à la fois aux Trois Mousquetaires. Il s'agirait donc d'un procédé qui ne peut être utilisé que de façon limitée, voire expérimentale.


Autrement dit, la solution pour désalcooliser de la bière à grande échelle n'existe tout simplement pas encore.


La création de bières sans alcool ou le développement du processus employé par Le Bien, le Malt ne devraient-ils pas être encouragés, voire subventionnés par Éduc'alcool? Peut-être sous forme de concours entre microbrasseurs? Nous suggérons à tout le moins que la question soit envisagée.


Subvention ou pas, Alex Ganivet-Boileau termine en soulignant que la demande pour la bière avec alcool est peut-être trop élevée pour qu'une microbrasserie ait du temps et de l'énergie à investir dans une bière sans alcool :


«
 On n'est même pas capables de fournir le marché avec nos grosses bières à 9% qui sont en demande croissante, alors on va pas se casser le popotin à faire de la 0.5... »

On l'espère quand même.

4 commentaires:

Sophie a dit...

Vivant pour ma part l'alternance grossesse-allaitement depuis 3 ans, je suis devenue une féroce adepte de la bière sans alcool. Amatrice de bières rousses, brunes, noires et aux bières "qui goûtent", j'ai même dû me convertir aux blondes Beck's et Bitburger. Vivement des bières de micro-brasserie sans alcool! Je suis d'ailleurs certaine que je fais partie d'un marché potentiel pour les micro-brasseurs... Initiative à suivre donc...

Alex a dit...

Je tiens à préciser ma pensée: les technologies existent pour désalcooliser la bière à grande échelle, mais c'est vraiment trop coûteux pour une microbrasserie. Aussi, j'imaginerais mal une bière noire forte comme notre Porter Baltique en version sans alcool... Dans le cas de ce genre de bières, l'alcool fait partie intégrante du goût...

Raton a dit...

Alex : Je suis d'accord. L'alcool fait partie du goût, et ça goûte bon.

Cependant, la disponibilité et la variété de ces bières légères ou sans alcool pourrait être développées, voilà le point. Pas au détriment de vos savoureux produits, bien sûr.

Raton a dit...

Sophie : Ton exemple de mère ou de future mère est super pertinent.

Merci!

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